actu
tous à l'opéra !
À l'occasion de la 9e édition de la manifestation Tous à l'Opéra, l'Athénée vous ouvre ses portes pour une répétition publique, par l'ensemble Le Balcon, de l'opéra contemporain Avenida de los incas 3518 de Fernando Fiszbein. + d'infos
samedi 9 mai 2015 14h30 > 16h I entrée libre en fonction des places disponibles à partir de 12h30 I brunch sur place formule spéciale à 25€ (et carte habituelle) au bar Mio Padre à partir de 12h30
CD Lundis musicaux
Le label B Records a choisi d'enregistrer les Lundis musicaux de l'Athénée, et d'en éditer des disques. Une occasion unique de replonger dans l'atmosphère intimiste de ces récitals.
collection théâtre de l’Athénée Live
> sortie nationale le 4 mai 2015 pour Myrthen Op. 25 de Schumann
soprano : Léa Trommenschlager I baryton-basse : Damien Pass I piano : Alphonse Cemin
voir le teaser du disque
I + d'infos sur www.brecords.com
 
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le blog de l'athénée

Jacques Osinski est le metteur en scène de Don Juan revient de guerre, qui se joue à l’Athénée jusqu’à demain. Je l’ai interviewé mercredi au bar du Théâtre, quelques heures avant la représentation.


«—Don Juan est le seul personnage masculin dans la pièce, mais vous avez donné le rôle de la grand-mère et de la veuve à un homme, Jean-Claude Frissung...

L’écriture stylisée de Horvàth permet ce genre de décalage. La distance ainsi créée permet d’assumer la méchanceté du personnage en s’en amusant, alors que l’interprétation du rôle par une femme âgée aurait favorisé une identification plus directe. J’ai envisagé de manière très désaffectée la confrontation finale entre Don Juan et la grand-mère, que tout le monde attend, pour éviter de verser dans le pathos.
Faire interpréter le rôle par un homme évoque également la figure du Commandeur, ce personnage qui, dans d’autres oeuvres sur Don Juan, surgit d’outre-tombe pour le punir. Que Jean-Claude joue le rôle de la veuve va dans le même sens : la veuve est comme un spectre qui l’avertit du châtiment à venir.


– Dans la scénographie conçue par Christophe Ouvrard, toutes les scènes sont jouées sans décor à l’avant du plateau, devant les deux seules pièces matérialisées de manière précise : il s’agit de la chambre louée par Don Juan une fois qu’il se retrouve en ville et de la chambre d’une prostituée rencontrée au début de la pièce, qui fait ensuite office de cimetière. Pourquoi avoir mis ces deux lieux particulièrement en avant ?

La chambre louée par Don Juan et où se déroulent la plupart des scènes avec la famille habitant la maison s’est imposée comme une évidence. Le reste du décor s’est ensuite construit petit à petit autour de la scène avec la prostituée [dont j’ai publié des extraits sur le blog ici, NDLR], qui est plus longue que les autres et où Don Juan se révèle davantage. Cette chambre figure ensuite le cimetière où Don Juan se recueille –non pas devant une stèle, mais devant un vrai corps de femme inanimée couchée sur le lit et où la neige tombe en intérieur. Le parcours se termine dans cette chambre, avec une interaction entre l’intérieur et l’extérieur et l’idée que la neige tomberait dans un appartement bombardé pendant la guerre.
L’espace restant devant ces deux pièces peut s’apparenter au devant d’une scène de théâtre : le cadre de l’Athénée, en ajoutant un cadre dans le cadre, architecture d’ailleurs l’espace de manière différente et fait beaucoup écho à la pièce, où figurent de nombreuses références au théâtre, avec quelques scènes de théâtre dans le théâtre (théâtre aux armées, scène à l’opéra...).


– Le personnage de Don Juan créé par Horvàth est très différent des autres Don Juan...

C’est un Don Juan complètement cassé, qui est autant défini par son nom de “Don Juan” que par “revient de guerre”. Horvàth s’amuse avec le mythe : Don Juan devient le réceptacle du fantasme féminin, mais parce qu’il est seul homme présent -tous les autres sont morts. Il relève alors moins de la séduction que de la révélation du désir féminin : c’est une surface de projection, une figure en creux. Les femmes sont colorées, vives, au premier plan, là où Don Juan joue davantage sur le mode mineur, et s’inscrit plus dans la réception et l’ambiguïté du non-dit. Les femmes parlent et il ne dit presque rien. La guerre a en outre amené une perception différente du monde : Don Juan est le seul qui a vécu la guerre au front, et il ne peut pas en parler. Le silence est un versant possible de l’expression du traumatisme.


– D’après vous, pourquoi Horvàth est-il si peu connu ?

– Horvàth est un peu l’anti-Brecht : son écriture est diffuse, ambiguë, très loin du manichéisme. De plus, il est mort assez jeune alors qu’il s’apprêtait à travailler pour le cinéma à Hollywood : peut-être alors qu’il serait devenu très célèbre... De nombreux auteurs contemporains de langue allemande se réclament de lui aujourd’hui : sa stylisation du langage, son épure, ses silences, son absence de didactisme, son évocation des  pulsions cachées ou sa vision très moderne des rapports entre hommes et femmes le rendent très actuels.»


Don Juan revient de guerre se joue encore ce soir et demain : dépêchez-vous ! Le blog prend ensuite quelques jours de vacances.


Clémence Hérout

 
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