Athénée Théâtre Louis-Jouvet  
 

l'athénée | Paroles d'artistes

 
  

  

  

  

  

  

  

 
Que trouvent-ils à l’Athénée ?

Il s’agirait de savoir ce que vous aimez trouver au Théâtre de l’Athénée, ce qui est différent pour vous lorsque vous créez ici plutôt que dans un autre théâtre : un passé ? Une incitation ? Un lieu ? Des oreilles attentives ? Un savoir-faire ? Un public ? Un quartier ?

Jean-Marie Villégier

Proximité

Dans l’ombre énorme du Palais Garnier, nichée dans son square de pierre, la façade végétale semble chercher le soleil. Des messieurs à huit-reflets et des dames à manchon se sont hâtés jadis à l’entrée de ce jardin d’hiver. Fleur au corsage ou à la boutonnière ils se sont entassés sous le regard coquin des cariatides d’avant-scène pour applaudir d’autres messieurs et d’autres dames, mieux gominés qu’eux, mieux décolletées qu’elles. Rien de plus rococo, de plus 1900, de plus parisien que cette salle de spectacles. Et pourtant, non. Rééquipé et retouché par Jouvet, récemment restauré d’irréprochable façon, l’Athénée a su transcender sa destinée de bonbonnière pour devenir le plus intime de nos grands théâtres. La frivolité s’est effacée devant la grâce. Lieu de plaisir ? Certes, il y a du plaisir à s’y trouver, mais le lieu, hanté par le fantôme du Patron, a pris conscience de sa généalogie, faisant siennes toutes les vertus du théâtre à l’italienne dans sa variante française. Jouer à l’Athénée, y venir en spectateur, c’est éprouver le sortilège de ces origines réactivées.
Passez rue Caumartin. Franchissez le seuil de la porte cochère, descendez trois marches en ce coin de cour et visitez l’arrière-boutique. De l’accueil au bureau directorial, de ce bureau au foyer des comédiens, du foyer au plateau, aux loges, à la technique, aucune distance. Tout voisine au coude à coude, tout s’imbrique main dans la main. L’équipage est peu nombreux – comment le serait-il en si petit navire ? Nul ne se fond dans la masse d’un organigramme abstrait. Chaque fonction est un visage, une voix, une présence, un prénom. Intimité, proximité, c’est le secret de la maison. Jouer à l’Athénée, c’est retrouver des proches, des deux côtés du rideau. Et, des deux côtés du rideau, les ensorcelés d’un lieu où le plaisir se fait joie.

acte6, la troupe

- Proposer un spectacle à l’équipe de l’Athénée, c’est passer de mains en mains, toutes expertes, toutes passionnées ; c’est aussi se perdre dans les cages d’escalier, monter et descendre beaucoup de marches, mais toujours retrouver son chemin.
- Créer à l’Athénée, c’est modestement essayer de laisser quelques traces, les moins indélébiles possibles, sur des planches qui ont maintes et maintes été foulées par d’illustres prédécesseurs.
- Pénétrer sur le plateau de La Grande Salle, la grande voyeuse, c’est bien évidemment se livrer aux multiples regards attentifs, avec chacun son point de vue (à l’italienne) sur le spectacle.
- Jouer à l’Athénée, c’est se dire que si l’on avait été danseur on serait passé à l’Opéra, juste à côté…


Hugues Quester

Il y a un esprit, un mystère Athénée, une densité qui émane de l’esprit des créateurs d’antan et la quête de ceux d’aujourd’hui.
Quand on observe sa façade, il faut s’en éloigner jusqu’au trottoir opposé pour apprécier la pureté de sa ligne ; depuis le hall et ses portes, il y a une invitation à élever le regard vers les balconnets et encore plus haut jusqu’à son faîte. Les corridors sont feutrés et chaque détail a son caractère original et sobre. Passé la porte d’une loge au parterre ou au balcon on pénètre alors dans un lieu hors du temps présent, et qui promet des merveilles à voir et à entendre quand s’élèvera le splendide rideau de fer qui sépare la scène de la salle. Ici c’est le créateur qui a tout en main mais il s’agit d’investir ce lieu avec précaution sans le brusquer, car c’est lui l’Athénée qui aura le dernier mot. L’œuvre grandira à partir de lui car il est exigeant. L’Athénée invite chacun des participants du théâtre à être exactement à sa place et dans son rôle.


Gloria Paris

L’Athénée

Mon premier souvenir marquant en arrivant à l’Athénée c’est l’entrée des artistes. Bois-gris craquelant plein de petites pièces, des marches dangereuses. On n’y pénètre pas facilement.
Des bureaux partout où c’est possible. L’accès à ceux de la technique reste le plus étonnant. Il faut grimper un escalier qui défie les lois de la physique.
Au bout de ce chemin pas rassurant une salle sublime, pour raconter des histoires à faire peur, celles des hommes. Le rapport scène/salle laisse la place au grandiose et au minuscule. On peut y chuchoter et y déclamer un grand texte… Les spectateurs sont proches et suffisamment loin du plateau pour s’y voir.
Ce lieu ressemble à celui que je me suis imaginé enfant. Tel un conte de fée cruel l’effroi y côtoie l’étonnement pour appréhender les secrets de l’humanité.


Stéphan Druet

Ce qui me semble différent lorsque l’on crée à l’Athénée c’est, en premier et le plus important, le privilège d’y être reçu et de pouvoir créer un spectacle… Rares sont les théâtres parisiens qui accueillent comme ça par un coup de cœur ou une croyance une jeune compagnie inconnue qui monte des œuvres méconnues.
Puis l’accueil de toute l’équipe, ultra compétente, chaleureuse, détendue bref : irréprochable. Puis le lieu bien sûr, magique, sublime et chaleureux aussi. Le fait d’avoir tant d’abonnés qui suivent un travail au fil des ans. Et puis après avoir certainement oublié beaucoup de choses, s’accouder au bar de Marylin et boire un petit verre de blanc la peur au ventre.


Matthew Jocelyn

Le Théâtre de l’Athénée est comme une drogue : on y entre, dans cette salle de velours et d’or, de bois sombre et de fantômes omniprésents, et tout à coup, par petites vaguelettes de plaisir ou par fortes ondes d’émoi, l’homme, la femme de théâtre sont pris, imprégnés, transportés dans un ailleurs de souvenirs, quoique jamais vécus, étrangement reconnus.
Quitter le plateau, la salle, dire adieu aux cariatides, laisser derrière soi les bureaux biscornus qui sont habités, eux aussi, par d’espiègles fantômes, c’est se trouver vite en manque, connaître le besoin sournois d’y retourner prendre sa dose.
Qui remercie-t-on pour une telle initiation, cette première brûlure ? Gare à M. Martinet et toute son équipe : vous faites de nous des toxico-athénéemanes !

Antoine Bourseiller

Je suis heureux de présenter Le Bagne à l’Athénée — où ont été créées Les Bonnes il y aura 59 ans quand on jouera Le Bagne…A l’Athénée où j’ai joué Le Vicaire, avec tous les soirs des bagarres dans les couloirs et sur la scène, des lâchages de souris à l’orchestre pour effrayer le public féminin, sans parler des boules puantes et même des boules d’éther…
Savez-vous que dès le premier soir nous n’avons pas pu terminer la pièce ? Le producteur, Jean Reyre, PDG de Paribas, nous a donné rendez-vous pour le lendemain afin de nous faire part de sa décision. Nous n’en menions pas large… Le lendemain : "J’ai déjeuné à l’Elysée", nous dit Jean Reyre, "avec le général de Gaulle et madame. Le général m’a dit : Monsieur Reyre jouez votre pièce. Le pape Pie XII n’a jamais reconnu mon gouvernement provisoire à Alger." Et nous avons joué tant bien que mal, entourés de cars de C.R.S. …