cosi fan tutte
“La foi des femmes est comme le phénix d’Arabie, tous en parlent, mais nul ne l’a vu. Et je vous prouverai en quelques heures que vos fiancées ne valent pas plus que les autres, car, que voulez-vous, elles sont toutes comme ça…” Voici, en substance, le pari que lance Don Alfonso à deux jeunes galants transis d’amour… qui seront bientôt glacés d’effroi.
Cosi fan tutte ressemble à son intrigue : c’est une plaisanterie qui tourne au drame. Derrière le badinage se cache un sombre désenchantement, et l’élégante légèreté de l’oeuvre de Mozart et Da Ponte n’occulte pas sa noirceur. Rude école en effet que celle de ces amants, contraints à de douloureux examens : peut-on se donner, peut-on croire en l’autre ? Ou vaut-il mieux, comme le conseille la servante Despina,
“traiter l’amour en bagatelle, manger la pomme et ne pas jeter la figue” ? Les deux auteurs libertins fournissent le remède en même temps que le diagnostic : si toutes les femmes sont volages et cupides, tous les hommes inconstants et menteurs, mieux vaut en rire, et s’étourdir de musique pour l’oublier.
Cosi fan tutte, suprême diversion, est présenté ici dans une version de chambre pour treize instruments à vent (la formation utilisée par Mozart dans sa
Gran Partita) et basse-continue.
Lorenzo Da Ponte et Wolfgang Amadeus Mozart
Mozart et Da Ponte : l’un est un abbé aux moeurs légères qui a dû fuir Venise pour échapper au scandale. L’autre n’est encore qu’un musicien viennois parmi d’autres à la cour de Joseph II : si on célèbre sa musique instrumentale, ses quinze précédents opéras n’ont obtenu qu’un médiocre succès. Entre 1785 et 1789, Da Ponte et Mozart, artistes précaires de la cour stimulés par un manque d’argent chronique, vont écrire trois chefs-d’oeuvre avec une prodigieuse célérité. Il ne leur faut que six semaines pour achever
Les Noces de Figaro. Quant à
Don Juan, Da Ponte l’écrit la nuit : il est occupé le matin par un livret pour le compositeur Martini, et le soir il se consacre au grand rival de Mozart, Salieri. C’est Joseph II qui choisit le sujet de
Cosi fan tutte. Il mourra sans l’avoir vu, en 1790. Mozart meurt un an plus tard. Privé de la protection impériale, Da Ponte est à nouveau contraint à l’exil. C’est à New York qu’il terminera sa vie.
Yves Beaunesne
Depuis
Un mois à la campagne de Tourgueniev, sa première mise en scène en 1995 (présentée en 2000 à l’Athénée, prix Georges Lerminier décerné par le Syndicat de la critique dramatique), Yves Beaunesne, directeur de la Compagnie de la Chose incertaine, a travaillé au Théâtre de la Ville à Paris, au Théâtre national de la Colline, à la Comédie-Française, au TNP de Villeurbanne, au Théâtre national de Belgique, à la Comédie de Genève… Il a mis en scène Wedekind, Gombrowicz, Marivaux, Maeterlinck, Labiche, Tchekhov, John Ford, Claudel, Massenet…Il vient de créer, à l’Opéra de Lille,
Rigoletto de Verdi, sous la direction musicale de Roberto Rizzi Brignoli. À l’automne 2008, son spectacle
L’Échange de Claudel sera repris au Théâtre de la Colline et il créera
Le Canard sauvage de Ibsen qui sera représenté au printemps 2009 au Théâtre des Gémeaux à Sceaux.
François Bazola
Assistant musical de William Christie au sein des Arts Florissants, François Bazola est également chef de choeur de l’ensemble, qu’il a dirigé à plusieurs reprises, explorant le répertoire baroque de Monteverdi à Rameau, de Lully à Purcell. Attaché à la redécouverte et à la mise en valeur des instruments anciens, il est le nouveau directeur artistique de
l’Ensemble PhilidOr à qui l’on doit, entre autres, la
Gran Partita de Mozart, disque couronné par un Diapason d’or de l’année 2002.