Sartre et Camus
Pourrait-on imaginer une telle chose aujourd’hui ? Au cours de l’année 1947, deux intellectuels de premier plan confrontent leur vision du monde par pièces de théâtre interposées. Acte pour acte, réplique pour réplique. Pièces jumelles et dissemblables,
Les Mains sales et
Les Justes s’éclairent et se répondent. Avec ferveur ou avec ironie, sous la forme d’une tragédie classique ou façon thriller, Albert Camus et Jean-Paul Sartre examinent les combats et les ambiguïtés de l’engagement, de l’assassinat politique, du sacrifice. Un dialogue passionné et passionnant, qui reprend aujourd’hui à l’Athénée…
Il y a deux ans, Guy-Pierre Couleau avait monté
Les Justes à l’Athénée. En 2009, il présente à nouveau ce spectacle, et lui associe son pendant sartrien,
Les Mains sales :
“L’accueil et la réception du public partout où nous avons joué m’ont confirmé dans l’idée que ce théâtre éminemment politique était attendu par beaucoup des spectateurs. Et j’ai pensé proposer aux acteurs qui étaient de l’aventure des Justes
de repartir avec Sartre et ses Mains sales
à la rencontre du public.
Imaginer ce travail d’une équipe sur trois saisons est ma réponse à un discours qui prétendrait nous faire croire que le théâtre est moribond, que les acteurs ne prennent plus le centre de la scène, que le théâtre est au bout de son chemin et que le public déserte les salles dès lors que le texte offre du sens. Je crois au contraire que l’engagement dans l’art est une voie salutaire parce qu’il est un chemin pour l’artiste comme pour le spectateur, un “agent de fraternité”
disait Firmin Gémier.”
les mains sales
Libéré pour bonne conduite, Hugo vient de sortir de prison. Quel fut son crime ? Quels étaient ses motifs ? Un long flash back va faire une partie de la lumière sur ces événements. Mais restent des zones d’ombre : pourquoi s’engage-t-on en politique ? Doit-on obéir à tous les ordres ? Faut-il privilégier le pragmatisme plutôt que l’idéal ?
“Le théâtre n’est fait ni pour la démonstration ni pour les solutions, il se nourrit de questions et de problèmes”, estimait Sartre. Sur la trame tendue d’un film noir, il organise un combat entre la raison et le sentiment, l’innocence et le cynisme, bondissant du drame à la comédie pour finir sur un coup de théâtre…
Jean Paul Sartre et Albert Camus
Tout les opposait : l’un, Jean-Paul Sartre, bourgeois parisien, est issu d’une lignée d’intellectuels ; fils de polytechnicien, il fait ses études à l’École normale supérieure. L’autre, Albert Camus, a grandi en Algérie, fils d’un ouvrier agricole et d’une femme de ménage analphabète. Les deux hommes se fréquentèrent d’abord par l’intermédiaire de leurs écrits, se vouant une admiration réciproque. C’est en pleine guerre et au théâtre qu’ils se rencontrent, après une représentation des
Mouches à Paris, en 1943.
Ce sera le début d’une amitié fertile en débats et en divergences, une association qui occupera le devant de la scène intellectuelle jusqu’en 1952. La sortie de
L’Homme révolté de Camus, qui dénonce les camps staliniens, provoquera la rupture entre le philosophe existentialiste et l’écrivain engagé.
“Nous étions brouillés, lui et moi : une brouille n’est rien, tout juste une autre manière de vivre ensemble”, écrira Sartre après la mort brutale de Camus, dans un accident de voiture, en 1960.
Guy-Pierre Couleau
Guy-Pierre Couleau débute comme acteur sous la direction de Stéphanie Loïk ou Daniel Mesguich. En 1998, il se consacre à la mise en scène, montant notamment Ödon von Horvath, Thomas Bernhard, John Millington Synge… En 2000, il fonde la compagnie des Lumières & des Ombres, associée au Moulin du Roc–Scène nationale de Niort. Au sein de cette structure, il met en scène
Le Sel de la terre, diptyque de Sue Glover et Frank McGuinness (au Festival d’Avignon),
La Forêt d’Ostrovsky,
George Dandin de Molière,
L’Épreuve de Marivaux… Guy-Pierre Couleau est metteur en scène résident de la Scène nationale d’Angoulême depuis 2007, metteur en scène invité duThéâtre national de Lettonie à Riga et artiste associé de La Passerelle-Scène nationale de Gap.