Athénée Théâtre Louis-Jouvet
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historique : de l'Eden à l'Athénée  



Au commencement était l'Éden-Théâtre, lieu mythique, édifice colossal bâti rue Boudreau au début des années 1880 selon une esthétique naïve de temple hindou, un bazar des mille et une nuits tout à la fois féerique et exotique, « prodige d'originalité, de magnificence et de confortable » selon les termes d'un chroniqueur de l'époque.
Lieu fabuleux, impossible théâtre, l'Éden ne dure pas. Quelques années seulement d'une existence précaire et mouvementée à la fin des années 1880, au début des années 1890. Une série de métamorphoses et de réaménagements conduisent peu à peu au démantèlement de ce que l'on a surnommé « le gouffre de la rue Boudreau ». Plusieurs fois fermé, transformé, rebaptisé un temps Grand-Théâtre, l'Éden finit par disparaître.



Un autre théâtre pourtant prolonge la généalogie du lieu. À sa manière, en plus petit, en plus intime. Dernier éclat d'un rêve mégalomane placé sous le signe du gigantisme, l'actuel Athénée, dont la salle est aménagée en 1893 dans l'un des foyers de l'Éden, s'ouvre au public, la même année, sous le nom de Comédie Parisienne. Ce nouveau théâtre incarne a contrario une rêverie de l'intimité, une poétique de la proximité et, pourrait-on dire, l'aboutissement d'une intégration réussie à l'urbanisme parisien, au style de son habitat fin de siècle.
L'inauguration définitive du lieu sous le nom d'Athénée a lieu en 1896. Année qui figure sur le fronton du théâtre. C'est également en 1896 que s'est produite la dernière grande transformation du bâtiment : le report de la façade de la rue Boudreau sur le square de l'Opéra, qui devient en quelque sorte le premier vestibule du théâtre. Dans l'idée, sans doute, de renforcer par ce nouvel accès retranché de l'agitation urbaine des rues environnantes, l'intimité du lieu théâtral. Environ un siècle après l'aménagement de l'Athénée sur l'emplacement d'un paradis perdu, subsistent encore quelques traces au-dessus de la coupole de la salle : un plafond décoré de motifs indiens, rouges, noirs et bruns, derniers vestiges incongrus et émouvants de l'Éden-Théâtre.

Louis Jouvet : vers le théâtre d'art  



Aux richesses architecturales de l'Athénée s'ajoute un inestimable patrimoine artistique : la figure de Louis Jouvet qui dirigea ce théâtre de 1934 à 1951, date de sa mort, a profondément marqué un lieu qui lui rend hommage en portant son nom. Ce grand acteur populaire, chéri du cinéma, était avant tout un homme de théâtre.
De cet art, avant de devenir le metteur en scène et le comédien que l'on sait, il aura exploré tous les recoins : machiniste, costumier, accessoiriste, peintre et éclairagiste. Rien d'étonnant de la part de celui qui se plaisait à dire que « l'humble connaissance de la pratique est le chemin le plus sûr pour aller à la vérité ». La leçon d'exigence d'une personnalité sans concession, qui aura su défendre tant la création contemporaine (Giraudoux) que la redécouverte des classiques (Molière, Corneille...), et dont l'ombre habite toujours la salle à l'italienne qu'il aima entre toutes. Sa rencontre avec cette salle est pour lui une expérience forte qui lui permit un renouvellement de son art dramatique. Le rapport intime qu'offre une salle à l'italienne entre la scène et les spectateurs aura influencé sa manière de faire du théâtre. Conscient des limites de l'« ordre shakespearien », il s'extasie sur les vertus de l'« ordre italien » et plus particulièrement sur la mécanique de cette puissante machine à décors. Il créa notamment L'Ecole des femmes avec la complicité de l'artiste plasticien Christian Bérard qui inventa le décor des « murs ouvrants » permettant de représenter à la fois les murs de la maison d'Agnès et le jardin et la place publique où se déroule une bonne partie de l'action.
Dans les années qui suivent la disparition de Louis Jouvet, d'autres grandes personnalités ont investi, l'espace d'un ou plusieurs spectacles, le plateau de l'Athénée : Peter Brook, Jean Vilar, Claude Régy, Matthias Langhoff, et des acteurs comme Pierre Brasseur, Maria Casarès et Jeanne Moreau.

Puis, la direction novatrice et éclectique de Pierre Bergé, entre 1977 et 1981, voit l'ouverture, sous les combles de l'Athénée, d'une petite salle baptisée du nom de Christian Bérard et consacrée principalement au théâtre d'essai. Avec les Lundis Musicaux, il donne à entendre les plus belles voix lyriques de notre temps. Plus de 250 soirées prestigieuses pour des récitals de : Ruggero Raimondi, Felicity Lott, Barbara Hendricks, José Van Dam, Jessye Norman, Kiri Te Kanawa, Montserrat Caballe…
Côté théâtre il reçoit Antoine Vitez, Jean Marais, Pierre Dux, Delphine Seyrig, Sami Frey...

l'aventure d'un théâtre public : depuis 1982  

En 1982, Pierre Bergé alors directeur de ce théâtre privé en offre la tutelle au Ministère de la Culture et de la Communication. Le début d’une autre aventure !

Josyane Horville en prend alors la direction. Elle invite alors des compagnies sans lieu fixe : « le rendez-vous des compagnies subventionnées », tel est le slogan. Place aux jeunes metteurs en scène : Daniel Mesguich, Alain Françon, Christian Rist, Brigitte Jaques. Maria de Medeiros y côtoie Philippe Clévenot... un foisonnement théâtral dont on retiendra, entre autres, le fameux Elvire-Jouvet 40...

Patrice Martinet, fondateur du Festival Paris Quartier d'été, qui prend la direction de l'Athénée le 1er juillet 1993, affirme une nouvelle politique artistique. L'Athénée trouve désormais sa place entre tradition et modernité en revendiquant deux caractéristiques fondamentales : qualité littéraire et dramatique des textes représentés et prééminence du jeu de l'acteur.
Patrice Martinet profite du centenaire de l'Athénée, en 1996, pour engager une très importante campagne de travaux visant à retrouver tant la splendeur de son architecture et de son décor qu'un équipement scénique remis en état et capable de mieux servir encore la création théâtrale. Menés en plusieurs phases, les travaux ont eu pour objet :
- la restauration de la façade principale avec restitution de ses dispositions d'origine et, en particulier, du balcon du premier étage
- l'amélioration de la sécurité et du confort du public (modernisation du réseau électrique, chauffage et ventilation)
- la réfection totale de la cage de scène
- la restauration, dans la grande salle et les coursives, de l'ensemble du décor, des revêtements et des fauteuils et la restitution, dans la grande salle, d'aménagements préexistants : éclairage d'origine, baignoires et fosse d'orchestre.
Plus confortable, plus beau encore, l'Athénée Théâtre Louis-Jouvet s'engage résolument dans le XXIème siècle.


© Fabien Calcavechia
© Fabien Calcavechia
© Fabien Calcavechia

© Fabien Calcavechia

L'hommage exceptionnel rendu à Louis Jouvet pour le cinquantième anniversaire de sa mort, au cours de la saison 2001-2002, a revisité plusieurs spectacles créés par « le Patron » ; l'on retiendra L'École des femmes (mise en scène : Jacques Lassalle), Les Bonnes (mise en scène : Alfredo Arias), Le Diable et le Bon Dieu et Dom Juan (mises en scène : Daniel Mesguich), Knock (mise en scène : Maurice Bénichou, avec Fabrice Luchini).

© Antoine Girard
Anatole © Antoine Girard
© C et B Palazon
L'Ecole des femmes © C et B Palazon
© Patrick Burnier
Le Balcon © Patrick Burnier

Ont notamment travaillé à l'Athénée, ces dernières saisons : Philippe Caubère, Fabrice Luchini, Valère Novarina, Jean-Marie Villégier, Marcel Bozonnet, Joël Jouanneau, Daniel Mesguich, Claude Stratz, Jacques Lassalle, François Rancillac, Hans Peter Cloos, Niels Arestrup, Zabou Breitman, Dominique Valadié, Michel Fau, Hugues Quester, Pierre Vaneck, Catherine Rich, Edith Scob, François Marthouret, Nathalie Richard, Gilles Arbona, Michel Didym, Jean-Luc Lagarce, Didier Sandre, Roland Bertin…
La programmation fait la part belle à la musique : concerts (cycle avec Radio France, l’Orchestre Ostinato, l’Orchestre Philharmonique de Berlin, résidence du Quatuor Psophos), opéras (Reigen de Philippe Boesmans, Larmes de couteau de Bohuslav Martinu, The Rape of Lucretia de Benjamin Britten, L'Enfant et les Sortilèges de Ravel et Colette…), opérettes (spectacles de la compagnie Les Brigands…).

© Julien Mignot
Quatuor Psophos © Denis Rouvre
© : Elisabeth de Sauverzac
Ta Bouche © Elisabeth de Sauverzac
© Guy Delahaye
Le Roi nu © Guy Delahaye
© Christian Berthelot
La Cantatrice chauve © Christian Berthelot

l’Athénée en livres d’art

La saison 2007-2008 a célébré les 25 ans de l’Athénée théâtre public, réunissant pour une journée du « Patrimoine humain » le 16 septembre 2008 tous ceux qui ont « fait » l’Athénée (artistes, techniciens, administratifs).

L’occasion aussi de publier un livre-CD retraçant en souvenirs, images et extraits sonores l’éphémère de ce lieu.

 

sur les 25 ans de l’Athénée théâtre public :
"Si l’on voulait écrire l’histoire du théâtre
Athénée Théâtre Louis-Jouvet, 1982-2007"

(album-souvenir, Biro éditeur, 2007)

bonus : le CD "Voix de l'Athénée 1982-2007"

livre disponible à la billetterie de l'Athénée : 39.90 €



Pour en savoir plus

Sur la période de l’Eden, de Jouvet :
"Athénée Théâtre Louis-Jouvet : 1896-1996"
(ouvrage avec photos, Ed. Norma, 1996)
disponible en librairie.




 
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